mardi 26 juin 2007

Nothing like You and I... 4.2

- Mon nom de jeune fille est Dufrancatel. De Saint Almont était celui de ma mère. Et mon prénom n'est pas Valentine mais Emmanuelle. Valentine était ma soeur aînée et la seule famille qu'il me restait. Elle s'est tuée dans un accident de voiture il y a 7 ans du côté d'Avignon. Quant à moi, à la mort de ma soeur je n'avais que 18 ans et pas grand chose dans la tête. Et je me suis retrouver entièrement seule à gérer les obsèques de ma soeur dans un premier lieu puis tout ce dont elle avait du s'occuper avant sans que ça ne m'ait jamais intéressé le moins du monde. J'étais jeune, naïve et surtout... inconséquente. Nous habitions Carpentras à cette époque, dans un petit deux pièces modeste mais confortable. Passionnée par la danse dont ma soeur avait jusque là financé les cours, je me suis retrouvée du jour au lendemain sans un sou avec un loyer à régler, un frigo à remplir, et rien d'autre à mon actif professionnel que quelques stages de danse intensifs. A l'époque je voulais devenir danseuse dans une compagnie professionnelle. Autant vous dire qu'après la mort de Valentine il m'a bien vite fallu réajuster mes ambitions en fonction de mes finances et faire ce que je savais faire mais contre un salaire cette fois. C'est comme ça que je me suis retrouvée gogo danseuse dans une boîte de nuit du côté d'Aix-en-Provence et que je suis partie m'installée là-bas après avoir rendu l'appartement. Tout se passait très bien. J'avais un studio au-dessus de la boîte et Le patron était correct, jeune et plutôt beau garçon. Il payait bien les filles, nous offrait de jolies tenues sexy, remplissait nos frigos... bref il ne lui a pas fallu faire beaucoup plus pour que je tombe dans ses filets. Je venais d'avoir 19 ans et imaginait qu'un avenir tout en rose venait de s'ouvrir devant moi lorsqu'il me demanda de l'épouser... la belle illusion !

Se levant brusquement de son siège la jeune femme se passa une main fatiguée sur le visage avant d'aller se servir un verre d'eau dans la cuisine.

- vous voulez boire quelque chose demanda-t-elle en réalisant qu'elle ne leur avait encore rien proposé.

- non, non merci, continuez s'il vous plait insista Veronica que le récit de la jeune femme captivait.

Emmanuelle revint prendre place dans le grand fauteuil, avant de reprendre le cours de son récit.

- Et c'est comme ça que quelques semaines plus tard je descendais le parvis d'une église accroché au bras d'un homme que je croyais être le plus merveilleux des hommes. Après un voyage de noce inoubliable sur une île du pacifique et quelques mois d'un mariage sans nuage, je me rendis compte que j'étais enceinte à la grande joie du futur père. Ma grossesse se déroula normalement dans les meilleurs conditions possible et neuf mois plus tard je donnai naissance aux deux adorables petites filles que vous voyiez là : Clémence et Mathilde. C'est à ce moment là que les choses ont commencé à se gâter. Mon mari n'appréciai pas beaucoup de passer après mes filles, qui elles, par le simple fait qu'elles étaient deux, accaparaient tout mon temps et mon énergie. Il a commencé, à moins qu'il ne ce soit jamais arrêté et que je n'ai jamais rien voulu voir avant, il a commencé à déserter sérieusement la maison familiale qu'il nous avait acheté comme cadeau de mariage. Et puis des rumeurs ont commencé à circuler sur le fait que s'il découchait ça n'était jamais seul, que ses critères de sélection des gogos danseuses passait par un passage obligatoire dans son lit... et je continuai de faire la sourde oreille refusant de voir ce qui sautait aux yeux. Mais un jour les choses se sont intensifiées, les filles allaient fêter leur un an et depuis quelques semaines déjà on racontait partout que mon mari avait rejoint le milieu marseillais, que sa boîte n'était qu'une façade pour le blanchiment d'argent arrivant tout droit d'un cartel colombien, qu'il faisait parti d'un réseau de prostitution sur la côté niçoise, qu'il affrétait des navires transportant de la marchandise de contrebande... et toutes autres sortes de spéculations sur ses affaires qui me laissaient de moins en moins indifférente et de plus en plus inquiète. Un soir après qu'il ait découché une fois de plus et ce depuis déjà trois nuits, je confiai nos filles à une amie et décidai de le rejoindre à la boîte pour avoir une franche discussion avec lui. Je voulais absolument que notre mariage fonctionne. Je voulais qu'il me rassure sur ses sentiments... mais aussi sur la teneur exacte de ses affaires qui m'angoissaient de plus en plus... et je suis arrivée par la porte de derrière alors que la fête semblait battre son plein à l'intérieur. Je pensai m'installer discrètement dans son bureau en attendant qu'il le rejoigne un peu plus tard dans la nuit... Aussi qu'elle ne fut pas ma surprise que de le trouver debout face à un homme qu'il menaçait d'un révolver tandis que deux hommes de main qui tenaient déjà une mallettes pleine de billets de banque, s'emparaient de celle que l'homme tenait poser devant lui et qui était pleine de sachets remplis d'une substance blanche que je soupçonnai être de la drogue. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé exactement cette nuit là pour lui, ni même ce qu'était exactement la substance, ou même cet homme qu'il tenait en joue, ce que je sais c'est qu'après que je me sois tenue à l'entrée de cette pièce et qu'il m'est entr'aperçue alors que je tournai les talons terrorisée, j'ai filé comme une folle récupérer mes filles et le liquide qu'il m'avait donné pour organiser leur fête d'anniversaire avant de sauter dans le premier vol au départ de l'aéroport de Marseille-Provence que j'ai pu trouvé, et ce fut pour Roissy Charles-de-Gaulle. J'allais avoir 21 ans, je n'avais presque plus un sou en poche, plus de boulot, je ne savais pas où aller, j'étais totalement perdue dans une ville que je ne connaissais absolument pas, j'avais mes deux bébés à m'occuper et je ne savais toujours rien faire d'autre de mes dix doigts que danser... j'étais anéantie.

S'interrompant, la jeune femme se leva à nouveau pour prendre une photo posée sur le comptoir de la cuisine.

- Les premières semaines il me restait assez d'argent pour payer une chambre au mois dans un bouiboui infâme en bordure d'aéroport. Mais sans adresse valide pour trouver un job et sans job pour assurer les rentrées d'argent je me suis vite retrouvée avec le couteau sous la gorge, à me demander à chaque fois que je passais sur le pont au-dessus de l'autoroute, si je ne ferai pas mieux de me balancer par-dessus... C'est alors que la Providence, le hasard... appelé ça comme vous voudrez, a mis cette femme sur ma route, ajouta-t-elle en désignant la femme sur la photo. Hélène Roussel, une sainte. Elle m'a aidé quand j'en avais le plus besoin et sans contrepartie. Elle nous a fourni le gîte et le couvert, m'a trouvé un emploi de caissière dans un supermarché tandis qu'elle s'occupait des filles, m'a encouragé lorsque les choses se sont un peu arrangées financièrement parlant pour nous pour que je reprenne des cours de danse, m'a suivi à Paris lorsque je me suis présentée au casting pour devenir danseuse de cabaret au Crazy Horse et c'est elle, en quittant tout pour nous suivre et continuer de s'occuper des enfants, qui a aussi financé notre installation dans le 8ème arrondissement lorsque j'ai été admise au recrutement. C'est à cette époque là également que j'ai repris le nom de jeune fille de ma mère et échangé mon prénom avec celui de ma soeur pour brouiller les pistes et échapper aux éventuels recherches que mon mari aurait pu entreprendre pour nous retrouver. Je venais de fêter mes vingt-deux ans.

- j'imagine que c'est à partir de maintenant que je vais comprendre votre refus d'épouser Mr Armstrong et votre fuite n'est-ce pas ? demanda doucement Veronica

- oui effectivement, c'est à partir de là que tout s'est enchaîné. Je recommençai à vivre, j'avais un job qui payait bien et que j'aimai, les filles grandissaient sans encombre entourées de mon affection et de celle qu'elles surnommaient affectueusement "Mani" n'ayant jamais été capable d'enchaîner les deux "m" de mamie. Elles allaient fêter leur trois ans et moi je vivais dans ma bulle. Je n'avais eu aucune nouvelle de mon mari et tout allait bien. J'étais heureuse et depuis quelque temps amoureuse aussi d'un américain nommé Morgan Armstrong, qui passait le plus clair de son temps au cabaret, multipliant les invitations à dîner et les attentions en tout genre. J'étais sous le charme... Mais ça n'a pas duré. Rappelé par ses affaires aux Etats-Unis, Morgan m'apprit un jour qu'il devait repartir et qu'il ne savait pas quand il pourrait revenir. Pour la troisième fois de ma vie j'étais anéantie... mais je devais bien continuer à survivre, si ce n'est pour moi tout au moins pour mes filles et Mani. Un après-midi où nous répétions la chorégraphie du dernier spectacle, je vis débarquer mon bel américain avec un bouquet de roses rouges dans une main et une invitation à partir vivre avec lui aux Etats-Unis dans l'autre. Je revivais... sauf que je ne lui avait jamais parlé de ma vie d'avant, du fait que j'étais mariée et que j'avais les jumelles. Ce jour là je le renvoyai dans sa chambre d'hôtel avec la promesse que je réfléchirai à sa proposition et que je lui donnerai une réponse le lendemain. Cette nuit là fut aussi une des plus difficile de ma vie. Je la passai attablée avec Mani autour d'une tasse de café. Mani voulait que j'écoute mon coeur, que je m'accorde un peu de bonheur, juste le temps de construire quelque chose de solide avec Morgan avant de lui parler de l'existence des filles et de mon mari. C'est elle qui fit mes valises cette nuit là et qui appela le taxi qui me conduisit auprès de Morgan. Je pleurai comme une fontaine de ne pas être capable d'avouer mon passé et Morgan cru que c'était de bonheur. Le surlendemain j'étais sur un vol en direction de Los Angeles. Mes filles avaient trois ans, moi vingt-trois et, hormis les appels téléphoniques quotidiens passés d'une cabine du centre de Neptune, je ne revis plus mes enfants, ni Mani jusqu'à la semaine passée.

- Que s'est-il passé ?

- Depuis quelques mois Morgan me pressait pour que nous officialisions notre couple et moi bien évidemment, ne trouvant toujours pas la force de lui raconter mon histoire par peur de le perdre définitivement, je freinais des deux pieds. Mais il mettait ça sur le compte du stress prénuptial et s'entêtait à continuer de tout organiser : cérémonie, banquet, fleurs, costumes... tout. Je me sentais de plus en plus mal. C'est le moment que choisi Mani pour m'informer qu'elle revenait de chez son cardiologue et que les choses ne s'annonçaient pas très bien pour elle. Qu'il fallait donc que j'envisage sérieusement de parler à Morgan, que la situation s'éternisait trop, qu'il fallait que je vienne chercher les filles, qu'elles allaient être obligées d'être scolarisées à la rentrée, que ça poserait des problèmes avec leur nom de famille si mon mari réapparaissait... bref qu'il était urgent que je reprenne les choses en main.

Acculée d'un côté par Morgan et pressée de l'autre par Mani, dont l'état de santé m'inquiétait, j'ai tout plaqué du jour au lendemain pour revenir en France, me rassurant en me disant qu'il était préférable de gérer les priorités et que quand j'arriverai à Neptune avec Mani et les filles sous le bras, il ne pourrait pas faire autrement que de nous accepter ou nous rejeter toutes et qu'alors même... j'étais plus forte maintenant et que j'y arriverai...

Sauf qu'à peine descendue de l'avion j'apprenais par la voisine de Mani chez qui je trouvais mes filles, que cette dernière était décédée pendant son sommeil la veille d'un arrêt du coeur.. A nouveau mon monde basculait, et une fois réglée la question des obsèques, je ne me sentais plus ni le courage ni la force d'affronter Morgan sans Mani. C'est pour ça que je me retrouve dans ce taudis aujourd'hui priant pour que le gérant du Crazy m'appelle pour me demander de reprendre ma place... Voilà... vous savez tout !Je n'ai pas d'autre choix. Je n'aurai jamais la force de retourner affronter mon mari pour lui demander le divorce risquant ainsi de perdre mes deux filles dans une bagarre de prétoire. Je ne peux pas...

Valentine de Saint Almont alias Emmanuelle Dufrancatel semblait effectivement épuisée, vidée par son récit. Veronica lança un regard discret à Logan et ils se levèrent tous les deux, prenant la direction de la porte.

- Excusez-moi s'inquiéta Emmanuelle... Vous allez faire quoi maintenant ?

Se concertant rapidement avec Veronica, Logan prit la parole.

- Nous allons remettre tous les éléments que vous nous avez donnez à Monsieur Mars qui s'occupe personnellement de l'enquête et nous vous tiendrons au courant de ce qui se passe à partir de maintenant, dés que nous aurons des informations. Par contre si vous pouviez éviter de disparaître à nouveau...

- Pas de danger, j'ai assez couru comme ça... ajouta-t-elle en enlaçant tendrement ses filles qui étaient revenues s'installer sur ses genoux.

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